Vedette curseur

Bloodstained : Le digne héritier de Castlevania?

Kickstarté en 2015 à hauteur de 5,5 millions de dollars, Bloodstained : Ritual Of The Night est l'oeuvre de Koji Igarashi, producteur de quelques-uns des meilleurs épisodes de Castlevania. Présenté comme une suite spirituelle de Symphony Of The Night, le jeu aura connu un développement tumultueux : refonte des graphismes suite aux mauvais retours, studio externe appelé en renfort, versions Wii U et Vita purement et simplement annulées, date de sortie sans cesse repoussée... Il aura fallu pas moins de 4 années pour que ce titre voit enfin le jour. C'est dire s'il était attendu au tournant!

Bloodstaines box

Retour gagnant pour Igarashi

Inutile de faire durer le suspens : Bloodstained est un bon Castlevania. La relève n'est peut être pas aussi flamboyante que l'enthousiasme initial le laissait imaginer, mais le jeu remplit largement le contrat.

Initiateur du genre, Igarashi n'a de leçon à recevoir de personne quant à la construction d'un metroidvania. La progression est un régal, avec un terrain de jeu gigantesque qui se débloque progressivement via l'acquisition de nouveaux pouvoirs. C'est assez classique dans le genre, mais Bloodstained apporte un supplément d'âme grâce à un sens de la structure qui fait défaut à nombre de ses concurrents.

Manette en main, les sensation sont jouissives. Miriam, notre héroïne, garde ce feeling "flottant" qui donnait tant de souplesse au gameplay de Symphony Of The Night. Le nouveau système de fragments à récolter sur les ennemis permet acquérir différents types de compétences : projectiles, familiers, effets passifs, invocations... Ce redoutable arsenal compte des centaines de pouvoirs. À vous de trouver les meilleures synergies pour rouler sur les boss.

Bloodstained gameplay

Aussi fun que moche

Là où le bât blesse, c'est du côté de la technique. Ne tournons pas autour du pot : Bloodstained est hideux!  Non content d'afficher une réalisation tout juste au niveau d'un jeu mobile, le titre enchaîne les grosses fautes de goût. La première zone l'illustre bien, avec de l'eau au rendu "plastique" particulièrement ignoble qui ne rend pas justice au potentiel de l'Unreal Engine 4. Passé un moment, la rétine s'y fait, mais le choc initial reste rude.

Mieux optimisé que sur Switch, le jeu PS4 apporte tout de même son lot de bugs et d'erreurs de traduction. Rien de réellement handicapant, mais on aurait apprécié un peu plus de finition sur un projet d'aussi longue haleine.

Bloodstained Ritual Of The Night

Une attente récompensée?

Oui! Et même si j'ai quelques réserves sur le prix de vente (40 euros pour une douzaine d'heures de jeu), l'expérience vaut clairement le détour. À l'heure où beaucoup de titres financés par Kickstarter prennent des allures de catastrophes industrielles, Bloodstained surprend agréablement et se place dans trop de mal sur le podium des meilleurs metroidvania de ces dernières années.

Playstation Classic : La mal-aimée

La nostalgie, ce plaisir irrationnel

J'ai un péché à confesser... J'aime beaucoup la Playstation Classic ! Encore une faute de goût à rajouter sur une liste décidément bien longue, aux côtés des Spice Girls, de la Jpop et d'autres vestiges de l'adolescence.

playstation mini

Mais revenons-en à la Playstation Classic. La console rétro de Sony est le fruit d'une démarche 100% opportuniste, dont le seul objectif est de capitaliser sur l'énorme succès des Mini NES et Mini SNES de qui vous savez. Avec son catalogue de 20 jeux où le meilleur côtoie l’exécrable, la console n'est pas exhaustive pour un sous, mais offre un échantillon assez représentatif de ce qu'était la génération 32 bits :

Battle Arena Toshinden, Cool Boarders 2, Destruction Derby, Final Fantasy VII, GTA, Intelligent Qube, Jumping Flash, Metal Gear Solid, Mr Driller, Oddworld, Rayman, Resident Evil Director’s Cut (YOUPI!), Persona, Ridge, Racer Type 4, Super Puzzle Fighter II Turbo, Syphon Filter, Tekken 3, Rainbow Six, Twisted Metal et Wild Arms.

Le programme est alléchant malgré quelques bouses (Rainbow Six, WTF?) qui se retrouvent au même plan que des grands classiques de l'histoire du jeu vidéo dans ce supposé hommage définitif (hum) à la ludothèque de la Psone. Le genre de grand écart qui en dit long sur la schizophrénie du produit ! Histoire de bien remuer le couteau dans la plaie, rappelons que seuls les deux moins bons titres sont proposés en VF : GTA et Rainbow Six. Une bonne partie des autres jeux restent accessibles aux non-anglophones, mais ces derniers devront y réfléchir à deux fois avant de s'attaquer aux trois RPG de la sélection.

Le juste prix?

Avec un placement tarifaire initial délirant (100 euros, il fallait oser), Sony a largement surestimé le potentiel commercial de sa console. On la trouve actuellement bradée entre 30 et 50 euros selon les enseignes, ce qui laisse songeur quant à la quantité d'invendus à liquider.

indiana jones hangar 51

Dans cette fourchette de prix, et compte tenu des possibilités de modding (c'est fou ce qu'on peut faire avec un port USB), la PlayStation Classic passe tranquillement du statut de grosse enfilade sans vaseline à celui de petit gadget sympathique.

Mais alors, ça vaut le coup?

Pour les vrais fans, ou de façon plus réaliste, pour ceux qui n'en ont rien à foutre de jouer dans des conditions précaires, cette console rétro est un bon petit trip nostalgique. L'objet est mignon, correctement fini, et le catalogue de jeu a de quoi raviver de bons souvenirs, surtout pour ceux qui comme moi, ont grandi dans les années 90.

Castlevania Anniversary Collection : La compilation définitive?

À l'heure de la 4K/60fps, des mondes ouverts, alors qu'on peut obtenir des rendus quasi photo-réalistes sur nos consoles de salon, voilà ce que j'inflige à ma PS4 : 


La résolution 160x144 pixels de la toute première Gameboy arrache un peu la rétine en 2019, mais comme je le dis souvent : L'amour (de Castlevania) rend aveugle! Et ça tombe plutôt bien, car Konami nous offre enfin l'occasion de replonger dans les archives de la série avec la compilation Castlevania Anniversary Collection. Un anniversaire qui célèbre... On ne sait trop quoi en fait... Les 33 ans de la sortie du premier opus? Les voies du marketing sont décidément impénétrables.

Un hommage à l'ère 8/16 bits

Faisant suite au médiocre Castlevania Requiem parue en 2018 qui ne faisait que recycler partiellement une vieille compilation PSP, Castlevania Anniversary Collection hérite d'emblée d'un programme bien plus alléchant.

On retrouve ici les 3 vénérables épisode Nes : Castlevania, Castlevania II : Simon's Quest et Castlevania III : Dracula's Curse, deux titres Gameboy assez anecdotiques : Castlevania : The Adventure et Castlevania II : Belmont's Revenge, deux gros classiques de l'ère 16 bits : Super Castlevania 4 (Super Nes) et Castlevania Bloodlines (Megadrive), mais aussi une curiosité inédite en occident : Kid Dracula.


Le contenu est donc plutôt exhaustif, mais souffle le chaud et le froid en terme de qualité. Si Super Castlevania 4 et Bloodlines n'ont rien perdu de leur superbe, il est plus difficile de relancer Simon's Quest, déjà particulièrement pénible en son temps. Reste que la compilation est proposée à un prix honnête, et assure de nombreuses heures de chasse aux vampires même en faisant l'impasse sur certains épisodes.

Côté portage, le boulot est assez sommaire avec quelques options graphiques (filtre CRT, choix des couleurs pour les opus Gameboy...) mais pas de remapping des touches. On est donc réduit à pester sur les commandes de saut et d'attaque qui s'inversent bêtement d'un jeu à l'autre.

Pour les puristes... et les autres!

Grande absente de la compilation précédente, la sauvegarde rapide permet enfin d'assurer ses arrières avant un passage corsé. Croyez moi, cette option n'est pas un luxe et vous épargnera bien des crises de nerf ! Les jeux compilés ici sont tous d'une difficulté effroyable et ne ménageront pas vos pauvres pouces.


Castlevania Anniversary Collection est donc une bonne surprise de la part de Konami. La firme japonaise livre ici un musée virtuel très complet et à la valeur historique inestimable pour les amateurs de plate-forme 2D.

Il ne reste plus qu'à espérer que l'éditeur poursuive le dépoussiérage de son back catalogue avec le gros morceau que tous les fans attendent : Les fameux épisodes Gameboy Advance et DS.

Dead Rising : L'art subtil de casser du zombie

Le zombie et le jeu vidéo, c'est d'abord une histoire d'amour pragmatique! Pas besoin de se tordre les neurones à programmer une I.A. de folie quand on peut utiliser des créatures en décomposition qui marchent en ligne droite vers la première source de chair fraîche disponible (en général => le joueur).

Un zombie, c'est bête, lent et prévisible. De la chair à canon low-cost et efficace qu'on peut justifier par toutes sortes de pirouettes scénaristiques :
- Chute de météore radioactif
- Virus créé par l'homme
- Culte vaudou
- Panne d'imagination d'un scénariste

Tout est bon pour mettre en scène une bonne vieille invasion de morts-vivants. Cette formule "magique" fera les beaux jours de nombreux studios, et plus particulièrement de Capcom avec les increvables Resident Evil. Reste que de temps à autre, il faut bien apporter un peu de sang neuf pour tirer son épingle du jeu.

Pourquoi c'est culte?

Sur ce point, Dead Rising frappe fort à sa sortie en 2006. Croisement improbable entre le Beat-Them-All, le survival et le bac à sable géant, le titre de Capcom marque immédiatement les esprits par l'énorme liberté d'action offerte au joueur.

Dead Rising 1 Cover

Frank West, journaliste un peu trop curieux, se retrouve pris au piège dans un gigantesque Mall (centre commercial américain) infesté de morts-vivants. Il va devoir faire les boutiques pour trouver de quoi sauver sa peau. Le coup de génie, c'est que TOUTES les enseignes sont réellement accessibles. On peut décider sur un coup de tête de dévaliser le Jardiland du coin et en ressortir avec un stock de tronçonneuses prêtes à élaguer du zombie. Le choix est énorme et nécessite un peu de méthode pour optimiser son arsenal. Quelques mécaniques "RPG light" (gain d'XP, compétences à débloquer au fil des niveaux...) rendent la progression plus souple, avec la possibilité de farmer un peu pour aborder la suite de l'aventure sereinement.

Rien d'insurmontable donc pour quiconque saurait survivre à une virée shopping un samedi après-midi en pleine période de soldes.

Dead Rising 1 Mall

L'esprit pourrait même être à la franche rigolade si Dead Rising n'était pas conçu comme une impitoyable course contre la montre. Le déroulé de l'aventure est intégralement chronométré et il faudra ramener ses fesses au bon endroit/au bon moment sous peine de rater un événement clé du scénario. La "to-do list" présente en haut de l'écran prend vite des allures d'épée de Damoclès bien plus dangereuse que les milliers de zombies qu'on défonce pour se rendre d'un point A à un point B.

Pour corser encore un peu l'affaire, Dead Rising vous précipite régulièrement dans les griffes des "Psychopathes" du Mall. Ces survivants devenus maboules sont autant de boss bien vicieux qu'il faudra envoyer au tapis pour débloquer des armes, sauver des survivants ou tout simplement continuer l'aventure.

Les survivants, parlons-en : C'est bien la seule mécanique qui ne fonctionne pas. En théorie, il suffit d'en dénicher un dans le Mall, puis de l'escorter jusqu'à la planque pour faire le plein d'XP. Dans les faits, les malheureux ont surtout tendance à foncer tête baissée vers une mort certaine. On sauve donc ce qu'on peut tout en essayant d'oublier les nombreux dommages collatéraux.

C'est aussi ça qui fait le charme du jeu. Limiter la casse, faire au mieux dans un environnement hostile où l'on ne maîtrise pas grand chose... Tout comme dans une véritable invasion de zombies!!


Dead Rising 1 Wonderland Plaza

Succès aussi bien critique que commercial, Dead Rising est une étape important dans l'histoire du jeu vidéo. A la manière d'un Grand Theft Auto 3 en son temps, le titre de Capcom a repoussé la notion d'interactivité vers de nouveaux horizons, en offrant une aventure intense, riche et ludique dans laquelle TOUT est permis.

Potentiel de rejouabilité : 7/10

À sa sortie sur Xbox 360, Dead Rising avait la réputation de tuer la console par surchauffe (Le fameux Red Ring Of Death). Le petit filou est à présent jouable dans de bien meilleures conditions grâce au chouette remaster 1080/60fps disponible sur PS4/Xbox One/Windows.

Tomb Raider 3, l'heure du divorce?

Pourquoi c'est naze?

Tomb Raider 3, c'est l'épisode de trop! Celui que Christian Grey garde au chaud dans sa chambre rouge pour les séances SM du samedi soir. Un traumatisme que même les fans les plus épris de Lara Croft préfèrent enfouir dans un recoin sombre de leur mémoire pour ne pas souiller les beaux moments passés en compagnie de la pulpeuse héroïne sur les deux précédents jeux.

Tomb Raider 3 Cover

Car si Tomb Raider 1 était exigeant... si Tomb Raider 2 était éprouvant... ce troisième épisode n'est ni plus ni moins qu'une traversée infernale de tout ce que l'industrie du jeu vidéo a conçu du plus punitif et injuste en matière de level-design. Tomb Raider 3, c'est un cas d'école de ce qui arrive lorsqu'on publie un jeu sans le tester au préalable. En un mot comme en cent, ON EN CHIE!

Outre cette difficulté infernale, le dernier épisode de la trilogie originelle frustre par bien d'autres aspects. À commencer par l'inexplicable retour au système de sauvegarde du premier opus (Les cristaux...), difficile à digérer après un deuxième épisode qui permettait d'enregistrer sa progression à tout instant. Dans le même ordre d'idée, le moteur 3D légèrement upgradé accouche d'environnements inégaux où le pire l'emporte souvent sur le tout juste correct. Seul réel bénéfice de cette mise à jour: Lara gagne quelques polygones, principalement au niveau des seins (le sens des priorités?).

Tomb Raider 3 Gameplay

Comment expliquer une telle débâcle après deux jeux aussi mémorables? Revenons un instant sur la genèse de cet épisode... Après le succès de Tomb Raider 2, l'équipe de Core Design souhaite faire évoluer la série vers la prochaine génération de consoles avec une refonte intégrale du moteur 3D. Le projet, coûteux et chronophage, est retoqué par le producteur qui souhaite capitaliser au plus vite sur la popularité de la licence.

Un compromis est finalement trouvé et l'avenir de Lara Croft passe alors entre les mains de deux équipes distinctes: La team Tomb Raider originelle obtient un rab' de 2 ans pour préparer l'avenir next-gen de la série, tandis qu'une seconde équipe montée en urgence est chargée de faire patienter les fans avec un spin-off Psone. Ce dernier, plus ambitieux que prévu malgré un développement éclair (moins d'un an), deviendra finalement le 3ème épisode de la série.

On comprend mieux pourquoi Tomb Raider 3 s'est retrouvé le cul entre deux chaise, incapable de concilier sa folie des grandeurs avec un moteur 3D vieillissant et une dead line intenable. Le produit final, truffé de bugs et quasi infinissable, ne fait évidemment pas honneur au travail de abattu par les développeurs.

Tomb Raider 3 Boss

Car cet épisode apporte tout de même son lot de nouveautés: Lara gagne ainsi la capacité de ramper, ainsi qu'un court sprint limité par une barre d'endurance, idéal pour se sortir de situations "piquantes". Le cheminement de l'aventure est aussi moins linéaire, on peut à présent choisir l'ordre des niveaux et explorer le globe au gré de ses envies. Plus anecdotique, de nouveaux véhicules font leur apparition pour booster le taux de mortalité de notre héroïne, on aura donc tout le loisir de mourir en kayak, en bateau à moteur, mais aussi à bord d'un improbable chariot de mine emprunté à Indiana Jones. Youpi!

Le charme opère toujours du côté de l'histoire, avec un cocktail savoureux d'archéologie et de surnaturel digne des aventures de "l'autre" archéologue cité un peu plus haut. Chaque nouvelle zone reste une plaisante découverte, avec un travail toujours impeccable sur l'ambiance de ces lieux hors du temps.

Tomb Raider 3 Gameplay

Tomb Raider 3 restera hélas le vilain petit canard de la trilogie originelle. C'est aussi celui par qui arrive le déclin de la série, une longue traversée du désert qui aurait flingué beaucoup de licences, mais Lara Croft est décidément increvable ;)

Potentiel de rejouabilité : 2/10

Qu'il repose en paix, ce sera sans doute mieux pour tout le monde!