Dead Or Alive, grosse baston et petites culottes

POURQUOI C'EST CULTE?
Dans les 90's, la baston est reine sur les consoles de salon. Les machines sont enfin assez puissantes pour accueillir des portages décents des bornes d'arcade à succès et chacun va de sa tentative pour rejoindre Street Fighter et co au panthéon du genre. Dans le jeu vidéo comme ailleurs, il suffit parfois d'une idée toute bête pour faire la différence. Prenez Dead Or Alive par exemple, la recette de son succès est si simpliste qu'elle tient sur un Kleenex : "Des filles, des bikinis, de la castagne!". Ne rigolez pas, le studio japonais Team Ninja a bâti un véritable empire sur cette formule.

Dead Or Alive 1 Cover

Sans tomber dans les excès otakuesques des jeux suivants (vous savez, le "beach volley extrême", les costumes avec 3 pixels de tissu en DLC...), ce premier épisode fleure déjà bon le fan-service avec tout ce que ça implique de costumes minimalistes à collectionner, de combattantes pulpeuses, mais aussi et surtout une inquiétante obsession pour les protubérances mammaires. Dead Or Alive peut ainsi se vanter d'être le premier jeu à reproduire de façon réaliste les mouvements de la poitrine féminine, l'option baptisée "bouncing breast" est même paramétrable dans un menu. Classe!

Heureusement, sous cette couche de grand n'importe quoi se cache un jeu de baston plutôt efficace qui apporte une bonne dose de fraîcheur au genre. Les commandes sont simplissimes avec seulement 3 boutons : poing, pied et contre. C'est évidemment ce dernier qui donne tout son sel au jeu, puisqu'un joueur sur la défensive peut à présent faire d'énormes dégâts avec quelques ripostes bien placées. Un bel outil pour calmer ENFIN les ardeurs des gros bourrins!

Lei Fang

Autre nouveauté qui pimente les affrontements : le ring est délimité par un terrain miné (au sens propre). Une projection bien placée et l'adversaire se retrouve catapulté à plusieurs mètres de haut, à la merci des combos aériens et autres joyeusetés. Car malgré sa simplicité apparente, le système de jeu n'offre qu'une faible marge d'erreur : les coups sortent à un rythme épileptique et font énormément de dégâts! Chaque erreur se paye au centuple avec une logique ultra-punitive qui renverra dans les cordes beaucoup de débutants.

Pathologique dans les épisodes suivants, la course aux costumes est déjà au coeur de Dead Or Alive premier du nom. Avec jusqu'à 15 tenues à débloquer par personnage, l'acquisition de l'ensemble de la garde robe est un véritable chemin de croix qui nécessite de finir le mode arcade encore et encore jusqu'à l’écœurement. Les plus courageux seront récompensés par un personnage secret (Ayane), jouable une fois le calvaire terminé.

Kasumi

Finalement, le charme du jeu tient autant dans la naïveté de cet érotisme grotesque que dans l'énergie folle que dégage son système de combat. Une recette qui sera perfectionnée dans les épisodes suivants, avec un léger essoufflement sur les plus récents, mais une fan-base inébranlable qui assure encore de beaux jours à la série.

POTENTIEL DE REJOUABILITÉ : 6/10
Ni beau ni véritablement moche, Dead Or Alive souffre surtout de la comparaison avec ses successeurs. Le deuxième en particulier était une incroyable démo technique des capacités de la génération 128bits et l'un des meilleurs jeux de combat de sa génération.

Lemmings, migration à haut risque !

POURQUOI C’EST CULTE?
Terreau idéal pour donner vie aux concepts les plus tordus, le puzzle-game s'est imposé très tôt comme un genre à part, capable de s'affranchir des contraintes techniques pour offrir des expériences inédites. J'aurais pu revenir sur Tetris, classique absolu et indétrônable, mais la licence se porte plutôt bien (cf le génial crossover avec Puyo Puyo) et j'ai toujours plus de plaisir à déterrer les jeux injustement remisés au placard sous prétexte de rentabilité insuffisante. Laissez moi donc vous présenter les Lemmings.

Lemmings Box

Avant d'être un personnage de jeu vidéo, le Lemming est un petit rongeur suicidaire originaire des régions arctiques. Ça ne s'invente pas! En vérité, le tragique destin de l'animal est surtout lié aux migrations de masse, au cours desquelles les bousculades éjectent de nombreux spécimens par-delà les falaises. Un triste phénomène qui inspirera le concept même du jeu homonyme.


Bête comme ses pieds, le Lemming vidéo-ludique avance tout droit vers une mort certaine dans des tableaux en 2D truffés de pièges mortels. C'est au joueur que revient la tâche de le sauver, lui et ses nombreux congénères, en les menant en lieu sur. Pour éviter la catastrophe, il dispose d'un système de "jobs" à affecter aux lemmings : mineur, grimpeur, parachutiste, agent de la circulation... c'est l'utilisation judicieuse de ces compétences qui permettra d'atteindre la sortie, soit en remodelant le décor, soit en contournant les obstacles.

Lemmings Gameplay

Une bonne partie du fun vient du fait que les tableaux proposent de multiples solutions. Rien n'est figé, le décor est intégralement friable et il est virtuellement possible de tout faire péter pour arriver à l'objectif. La difficulté vient la plupart du temps de deux contraintes : le quota de Lemmings à sauver et les jobs disponibles. Il est rarement possible de sauver 100% des petites bêtes, et la gestion de l'équilibre perte/sauvetage donne un aspect stratégique très plaisant doublé d'une bonne replay-value.

Le charme de Lemmings, c'est aussi celui des god-games comme Populous ou les Sims (même pas honte). Le plaisir un peu malsain mais terriblement addictif d'observer à la loupe une forme de vie virtuelle dont on tient le destin entre nos mains. Car pas la peine de se voiler la face, pour parvenir à boucler les 120 niveaux du jeu, vous allez en casser du Lemming!  Noyade, incinération, chute mortelle... autant d'occasion de culpabiliser le pauvre joueur. La difficulté est heureusement très progressive, avec une confortable phase d'apprentissage et un gros plateau de niveaux intermédiaires, après quoi les choses se corsent pour de bon, avec des passages diaboliques où le sens du timing est mis à rude l'épreuve.

Lemmings Gameplay

Bien balèze visuellement, Lemmings se classe sans problème dans le haut du paniers des titres 2D de l'univers PC. Pas-tape-à-l'oeil dans la débauche d'effets, mais fourmillant de détails dans les décors et surtout magnifiquement animé, il est en 1991 la preuve qu'un jeu destiné au marché micro peut se payer une esthétique cartoonesque tout aussi séduisante que sur les consoles de l'époque.

POTENTIEL DE REJOUABILITÉ : 7/10
Fun, intelligent et toujours unique en son genre, Lemmings est un ovni jouissif dont on attend toujours le retour. L'abandon de la série tient autant à la fermeture du studio Psygnosis, à la fin des 90's, qu'à l'impossibilité de transposer son gameplay atypique en 3D. A la manière d'un Worms, similaire sur certains points, Lemmings brille par l'immédiateté de sa formule, que Dave Jones, son créateur, qualifie de "complexement simple". La modifier, c'est faire s'effondre tout l'équilibre d'un gameplay calibré au pixel près.

Kirby's Dream Land, l'éloge de la gloutonnerie

POURQUOI C’EST CULTE?
Kirby, c'est un peu le Godzilla de l'univers Nintendo : un truc increvable, ouvertement cheaté dont les aventures n'ont en général que peu d'enjeux dramatiques. Dès ce premier épisode : Kirby's Dream Land, paru en 1992 sur Game Boy, le ton est donné : Armé d'une jauge de vie longue comme le bras, Kirby traverse les niveaux avec une logique de bulldozer, avalant ses malheureux ennemis pour ensuite les vomir sous la forme d'immondes projectiles partiellement digérés, DÉ-GUEU-LASSE!

Kirby Game Boy

La physique ultra-permissive achève de faire du jeu une sorte de promenade onirique au pays des marshmallows. Kirby's flotte plus qu'il ne marche, et n'est jamais réellement inquiété par les obstacles et autres précipices qu'il croise sur son chemin.

Ce parti pris du "challenge zéro" est totalement assumé et deviendra même la marque de fabrique de la série au fil des épisodes. Kirby Dream Land est à l'époque une porte d'entrée idéale pour tout novice qui découvre le jeu vidéo grâce à la Game Boy.

N'allez pas croire qu'il s'agit pour autant d'un jeu au rabais. On tient là un titre techniquement solide, avec des décors riches et détaillés ainsi que des sprites énormes qui préfigurent de la tuerie Super Mario Land 2, quelques mois plus tard. À bien des égards, 1992 est une année charnière pour la portable de Nintendo, qui peut à présent se targuer de proposer au creux de la main des jeux tout aussi beaux que sur son alter-ego de salon : la NES. Que de chemin parcouru depuis ça!

Kirby Game Boy

Là où le bât blesse, c'est sur la durée de vie : comptez 1h pour boucler l'aventure sans se presser... avec en prime du gros recyclage dans le dernier niveau. On est vraiment dans la moyenne basse, même par rapport aux standards de l'ère 8 bits! C'est d'autant plus frustrant que le replay value est assez faible, seul un anecdotique mode "extra" un peu plus difficile se débloque une fois le jeu terminé. Pour le coup, on comprend mieux l'acharnement des jeux de l'époque à proposer une difficulté obscène pour ralentir la progression.

Peut être que Kirby, personnification du kawai made in Nintendo, n'a pas vocation à offrir plus qu'un agréable divertissement. Le fait est qu'aucun des nooooombreux épisodes de la franchise (une trentaine de jeux, tout de même!) n'est parvenu à marquer durablement les esprits. Sans aller jusqu'à rabaisser Kirby au rang de bouche-trou, c'est un peu triste de constater que le personnage brille davantage dans le crossover Super Smash Bros que dans ses propres jeux.

Kirby Game Boy

COMMENT Y JOUER AUJOURD’HUI?
La 3DS est toujours la plate-forme reine pour replonger dans les classiques monochromes de Nintendo, et c'est sans surprise qu'on retrouve Kirby's Dream Land sur l'Eshop.

POTENTIEL DE REJOUABILITÉ : 7/10
Aisément torchable en une mini-session de jeu, Kirby's Dream Land est un petit plaisir sans prétention et tout à fait dispensable. C'est sans doute là que réside son charme, dans la nostalgie réconfortante d'une enfance insouciante et sucrée, quand ont savait encore s'émerveiller de tout petits riens.

Kirby Gameplay

Mortal Kombat, plus c'est con plus c'est bon?

POURQUOI C’EST KULTE?
Le photoréalisme est sans doute la plus grosse arnaque jamais inventée par l'industrie du jeu vidéo. L'argument revient avec une régularité métronomique depuis des décennies, le plus souvent pour des jeux qui paraissent invariablement hideux quelques années après leurs sorties.

Dans les 90's, la grande tendance pour attendre ce degré de "perfection visuelle" (hum...) était de numériser de véritables acteurs pour les intégrer au chausse pied dans des jeux plus ou moins interactifs. La formule a d'ailleurs connu un certain succès dans le jeu d'aventure (PhantasmagoriaThe 7th Guest...), le shoot (Lethal EnforcersCorpse Killer...) ou encore la baston avec l'inénarrable Mortal Kombat.


Mortal Kombat, c'est du bric et du broc. Des mecs qui miment des prises de karaté devant une caméra, un studio composé de 4 gugusses, 10 petits mois de développement... avec à la clé un énorme succès et une mise en concurrence directe avec le géant Street Fighter 2... excusez du peu!

Le plus fascinant avec MK, c'est que rien n'est fait pour camoufler l'aspect "do it yourself". Les graphismes sont certes réalistes, mais l'ensemble est animé avec un tel m'enfoutisme que le rendu oscille entre le film en stop-motion et un spectacle de marionnettes. Côté gameplay, c'est aussi un monde à part, avec des combattants à la rigidité cadavérique qui possèdent une base de 90% d'attaques identiques. Les combos sont encore embryonnaires à l'époque et malgré quelques coups spéciaux ingénieux, la victoire revient généralement à celui qui place le plus d'uppercuts.


Mais finalement, tout ça on s'en balance. Le vrai moteur de Mortal Kombat C'EST LE GORE! Non content d'être pionnier dans l'hémoglobine pixellisée, MK pousse la logique jusqu'à l'excès avec des gerbes de sang qui inondent l'écran au moindre coup porté. Marques de fabrique de la série, les fameuses fatalités sont autant d'occasions terrifiantes de se faire confisquer le jeu par ses parents.

Il faut remettre MK dans son contexte pour sentir le parfum d'interdit et ce qu'il y avait de magique dans la promesse pouvoir joyeusement démembrer ses adversaires. En 1992, les jeux véritablement immoraux se comptaient sur les doigts d'une main, au sein d'un marché encore très fleur bleue. Mortal Kombat, c'était l'occasion unique de retrouver l'ambiance délicieusement transgressive du cinéma bis, avec l'interactivité en plus!

Le jeu revendique d'ailleurs haut et fort cette influence, avec notamment le fameux hommage à Jean-Claude Van Damme via le personnage de Johnny Cage. À l'image des films dont il s'inspire, MK est si mauvais qu'il en devient bon.

(En vrai, j'aime bien JCVD)

Mortal Kombat se verra décliné sur à peu près tous les supports imaginables, parfois au prix de grosses censures. La version Super Nes par exemple ne propose que des fatalités "soft" et remplace le sang par de la sueur. Comble du ridicule, Nintendo commandera quelques années plus tard son propre Mortal Kombat à Rare Software : Killer Instinct... avec du sang et des fatalités pas piquées des hannetons! Une logique implacable O_o

Assez classique en versus, MK propose aussi un mode solo original et particulièrement éprouvant. Ce "Tournament" qui oppose le joueur aux différents combattants va crescendo dans la difficulté jusqu'à jeter purement et simplement le fair-play à la poubelle. Une seule solution pour passer les horribles combats en 2 contre 1 et les boss surpuissants : trouver la faille dans le comportement de l'ordinateur et la spammer jusqu'à gagner, à la guerre comme à la guerre!


POTENTIEL DE REJOUABILITÉ : 7/10
Jouer à Mortal Kombat 1er du nom en 2018, c'est réaliser à quel point la série s'est bonifiée au fil des années. Là où certaines licences cultes peinent toujours à réussir le passage à la 3D, MK a depuis longtemps transformé l'essai avec des titres à chaque fois plus beaux, plus grands, et plus profonds. Ce premier épisode conserve tout de même un gros capital sympathie grâce à au kitsch assumé et à un mauvais goût omniprésent. MK1 n'est pas et n'a jamais été le jeu du siècle (Castlevania SOTN, tout ça...), mais c'est toujours un excellent moyen d'occuper une soirée pizza entre potes.