Je compose ma première OST de jeu vidéo

La musique, c'est ma passion depuis tout petit. J'aurais pu apprendre le solfège, la théorie et tout le tralala, mais j'ai préféré me former sur le tas en massacrant des morceaux de Mayhem et Darkthrone sur une copie de Stratocaster au micro involontairement amovible. Après une carrière aussi confidentielle que peu concluante sur la scène black métal française, je me suis pris d'affection pour l'ambient et la musique d'ascenseur. J'ai troqué les guitares pour des synthés, et quand les planètes sont bien alignées, j'arrive à bricoler des musiques d'ambiance à peu près potables.

Ce CV impressionnant (Tremble, Hans Zimmer!!!) m'a valu d'être recruté pour enregistrer la bande son d'un jeu vidéo mobile : "Beware The White Lies". Dans ce titre de plate-forme/réflexion développé par Tanukidev, on incarne un raton laveur qui cherche des cookies dans les ténèbres.

Je compose une OST de jeu vidéo

Sur ce projet, l'idée était de produire une ambiance mélancolique et cotonneuse, qui laisse assez d'espace au joueur pour se concentrer sur ce qui se déroule à l'écran. J'ai utilisé les synthés d'Applied Acoustic Systems, qu'on retrouve également sur mes premiers albums sous influence Silent Hill : Soundscapes Vol​.​1 et Vol.2. De bons instruments virtuels, pas chers et peu gourmands !

Applied Acoustic Systems

Niveau matos, c'est assez misérable et très éloigné des standards actuels en production musicale. J'ai un PC (ça aide), un casque Sony à 15 euros et un touuuuut petit clavier midi 25 touches Akai LPK25. Forcément, pour Chopin, on repassera!

Clavier Midi

Armé de cet équipement digne d'un SDF du home recording, j'ai maquetté trois titres :

  • Le premier morceau "Beware The White Lies (Main theme)" est conçu pour habiller l'écran titre. C'est un simple déroulé de gamme pentatonique mineure sur lequel j'ai rajouté une note de la gamme harmonique mineure pour créer un peu de friction. C'est minimaliste, avec une petite touche de mystère pour inciter les gens à démarrer la partie ;)
  • "The Cavern Of Lost Cookies" accompagne le gameplay. J'ai construit le morceau autour de la mélodie à 0:10, avec un petit pont new age à 0:48 qui imite les échos d'une caverne. C'est encore un morceau assez basique en pentatonique, mais je suis plutôt content de l'habillage sonore.
  • Le troisième et dernier morceau, "Turn Off The Light", est plus ouvertement sinistre. Pour le coup, c'est assez représentatif de ce mon registre habituel, avec la gamme harmonique mineure que je fous partout (facilement 99% de mon "répertoire"). La ligne de basse fait sa petite vie dans son coin, j'aime bien l'effet de flottement que ça crée tout au long du morceau.

Cette toute petite OST est dispo à l'écoute/téléchargement gratuit sur mon Bandcamp. Quant au jeu, il est encore en développement à l'heure où j'écris ces lignes. Forcément, ça prend plus de temps ^^

Tanukidev

Grand Theft Auto, vraiment si nul?

Pourquoi c'est polémique?

À sa sortie en 1997, Grand Theft Auto est lapidé par la presse spécialisée. Jugé moche, immoral et décousu, le premier simulateur de gangster est trop en avance sur son temps. On y trouve pourtant, bien avant le carton du 3ème épisode, la plupart des ingrédients qui feront le succès de la franchise.

GTA jaquette

Pas dirigiste pour un sou, GTA nous lâche dans une ville gigantesque avec un seul objectif : gagner 1 million de dollars, par n'importe quel moyen! Les cabines téléphoniques permettent de décrocher des contrats douteux (Livrer de la drogue, refroidir un rival…), mais on peut tout aussi bien devenir taxi ou ambulancier pour gagner sa croûte honnêtement. C'est plus laborieux, mais faisable.

Je sais pas pour vous, mais j’adore ces jeux qui refusent de prendre les gens par la main, et font confiance à l'intelligence de celui qui tient la manette. GTA est dur, parfois injuste, mais propose une multitude de chemins de traverse pour parvenir à ses fins. C’est cette liberté d’action qui a séduit le public (1 million d’exemplaires vendus, pas mal compte tenu du bad buzz dans les médias).

GTA 1 Gameplay

On l’oublie souvent, mais derrière sa réalisation bien cheap, il s'agit d’un des premiers “open world”  sur console de salon. Le jeu gère d’énormes villes, ainsi qu’une quantité considérable de piétons et de véhicules aux comportements réalistes. En effet, à l'inverse du joueur, tout ce petit monde applique le code de la route! Ça paraît couler de source, mais c’était rarissime dans les jeux de l’époque.

GTA 1 Gameplay

Tous les niveaux suivent la même logique de course au score. On pourrait s’ennuyer, mais GTA a la bonne idée de proposer 3 terrains de jeu différents : Liberty CitySan Andreas et Vice City. Ça vous rappelle quelque chose? Les villes emblématiques de la franchise sont presque toutes de la partie. Le boîtier du jeu contient même 3 grandes cartes en format papier pour qu’on puisse s’y orienter. La grande classe!

Notez qu’ici, tout est plus galère que dans les épisodes suivants. Il n’y a pas de mini map à l’écran, pas de sauvegarde à la volée, on ne dispose que de quelques vies, les policiers ont un foutu 6ème sens… Non, décidément, LE CRIME NE PAIE PAS!

Potentiel de rejouabilité : 3/10

Tout n'est donc pas à jeter dans Grand Theft Auto. Avec sa bande-son éclectique, son humour corrosif et son gameplay hybride, il a posé les bases d’une des plus grandes séries de l’histoire du jeu vidéo. Ce qui est vrai, en revanche, c'est que ce premier épisode manque de moyens par rapport à ses ambitions démesurées. Beaucoup de concessions sont faites pour afficher ce vaste chaos urbain. Le frame-rate est trèèèèès bas sur PSone, et les graphismes sont assez ignobles quel que soit le support. Il faut donc être un grand fan de la série pour y rejouer en 2019, d’autant que les zooms intempestifs qui rythment la conduite filent toujours un sacré mal de mer.

Heavy Metal F.A.K.K.2 : L'enfer au jardin d'Eden

Pourquoi c'est culte?

En bande dessinée comme au cinéma, Metal Hurlant est l'incarnation de l'esprit "Série B" avec un mélange bien WTF de Science Fiction et d'Heroic Fantasy. Forcément, quand cet univers barré se décline en jeu vidéo, ce n'est pas pour faire dans la dentelle. Gore? Check! Gros flingue? Check! Héroïne dénudée? Check! Scénario? Pourquoi faire?

Heavy Metal Julie Strain

Heavy Metal F.A.K.K. 2 (le jeu) fait suite à Heavy Metal 2000 (le film). On y retrouve la guerrière incarnée à l'écran par Julie Strain, toujours aux prises avec les forces du mal, qui s’attaquent cette fois à sa planète natale, la bien-nommée Eden.

Jeu d'action/aventure à la troisième personne bien ancré dans son époque, Heavy Metal F.A.K.K. 2 est une sorte de Tomb Raider futuriste sous testostérone. On retrouve de temps en temps de petites énigmes minimalistes pour la caution "aventure". Mais qu'on ne s'y trompe pas, il s’agit essentiellement d’un long couloir de la mort dans lequel l'héroïne sème la désolation à grands coups d'épées géantes et de flingues tout aussi excessifs. Armé du moteur 3D de Quake 3, le jeu offre un défouloir d'une brutalité inouïe où les membres volent et le sang coule à flot.

Heavy Metal Fakk 2 Eden

Le gameplay apporte un peu de fraîcheur avec la possibilité d’utiliser simultanément deux armes différentes. Rien n’arrête le progrès! Oubliez donc le double Uzi façon Lara Croft. Le nec plus ultra sur Eden, c’est de chasser l’envahisseur avec une énorme arme blanche dans une main, et un non moins gigantesque fusil dans l’autre. Cette configuration atypique permet à notre héroïne de virevolter dans tous les sens en massacrant joyeusement tout ce qui apparaît à l’écran.

Fidèle au matériau d'origine, le jeu est outrancièrement sexiste. Au fil de l'aventure, l'héroïne perd des vêtements jusqu'à se retrouver dans une de ces fameuses armures d'Heroic Fantasy qui ne protègent pas grand chose. On ne va pas se mentir, c'est racoleur, c'est facile… Je ne suis pas certain qu'un truc pareil pourrait sortir aujourd’hui sans s’en prendre plein la gueule.

Metal Hurlant

Outre son gameplay nerveux et jouissif, Heavy Metal F.A.K.K. 2 propose une jolie visite de la bien-nommée planète Eden. Ce petit coin de paradis à beau être envahi par toutes sortes de monstres, la balade reste colorée et dépaysante. Le jeu tout entier baigne dans une ambiance futuristico-écolo très originale, assez proche de l'univers musical de Devin Townsend (Terria, Empath…).

Potentiel de rejouabilité : 7/10

Pur produit des années 2000, Heavy Metal F.A.K.K. 2 est un jeu généreux et outrancièrement fun. La réalisation a pris quelques rides, surtout au niveau des modèles 3D, mais rien qui n’entache les qualités artistiques du titre. L’univers d’Eden est vraiment magnifique, et parlera à tous ceux qui cherchent du dépaysement dans le jeu vidéo.

Alone In The Dark, l'horreur à la française

Pourquoi c'est culte?

Pionnier dans l’art de foutre la frousse aux joueurs, Frédérick Raynal a créé en 1992, avec le mythique Alone In The Dark, une bonne partie des codes du Survival Horror qui feront les beaux jours de l'industrie vidéoludique des années plus tard, lorsque celle-ci cherchera à séduire un public adulte. Resident Evil, Silent Hill, Eternal Darkness… On pourrait dresser une liste quasi sans fin des jeux qui reprendront la formule à leur compte.

Alone In The Dark 1

Si le jeu de développeur français a tellement inspiré, c’est parce qu’il offrait une solution inédite pour contourner les limitations techniques de l’époque. Car au début des 90’s, la 3D c’est pas trop ça, comme en témoignent les gros polygones mal dégrossis des personnages. À ce stade, il faut beaucoup d’imagination pour s’inquiéter de ce qui se passe à l’écran.

Frederick Raynal

C’est là qu’intervient le génie de son créateur : Alone In The Dark utilise une réalisation mixte, avec des éléments en 3D intégrés dans des environnements 2D en perspective, tous dessinés à la main. À chaque fois que le joueur change de pièce, ou sort du champ de vision, un nouveau tableau 2D s’affiche où il peut continuer son exploration. Cette astuce doit beaucoup aux techniques de montage du cinéma, et permet notamment de mettre en scène l’arrivée des monstres. 

Tout ça paraît bien inoffensif aujourd'hui, mais le jeu réserve quand même son lot de "jump scare" et quelques belles montées de stress lors des combats. Notre héros n'est qu'un modeste détective, paumé dans un manoir hanté où tout le monde veut sa peau. Il y a bien quelques armes ça et là, mais pas de quoi se la jouer rambo contre les forces du mal. D’autant qu’on meurt parfois de façon totalement gratuite, sans voir venir la grande faucheuse. Dès le tout début de l’aventure, la brutalité des Game Over instaure un climat de franche paranoïa (Spoiler : le plancher dans le premier couloir).

HP Lovecraft

Si Alone In the Dark est très cinématographique dans sa forme, c’est du côté de la littérature fantastique américaine que lorgne son scénario. Les ambiances macabres/mystiques de Lovecraft et d’Edgar Poe sont très présentes, avec toujours cette notion de mal indicible, tapis dans les profondeurs. Plus on avance dans le manoir, plus la menace devient abstraite et terrifiante, avec des monstres que même les balles n’arrêtent plus.

Potentiel de rejouabilité : 5/10

Exploration, pièges, monstres, énigmes... Tous les ingrédients d'un bon Resident Evil se trouvaient déjà dans Alone In The Dark, 4 ans plus tôt! Le jeu a bien entendu pris un sacré coup de vieux, avec sa maniabilité ultra-rigide et ses monstres rectangulaires, mais reste un élément important du patrimoine vidéoludique français. À refaire, ne serait ce que pour l'ambiance.

Theme Park, la gestion pour tous

Pourquoi c'est culte?

Theme Park est une leçon de game design! À une époque où jeu de gestion était synonyme d'austérité graphique et de mode d'emploi indigeste, le studio anglais Bullfrog (Syndicate, Populous...) a complètement réinventé le genre. Doté d’une esthétique cartoonesque et d’une prise en main très intuitive, le titre cache derrière sa naïveté de façade des mécaniques complexes qui n’ont rien à envier à Sim City et co.


Bâtir un parc d’attraction? Rien de plus simple. On commence avec deux ou trois manèges, un stand de glaces et ça y est, la machine est lancée. Mais vite, tout s’emballe : Les clients deviennent exigeants, il faut toujours plus d'attractions, de boutiques et de personnel. Les pannes se multiplient, la météo fait des siennes... À l’image de la vie, Theme Park est impitoyable! Chaque décision apporte son lot de conséquences imprévues et l’équilibre du parc se joue tout autant sur les gros investissements que sur la micro gestion. Quand on en arrive à réduire la quantité de sel dans les frites du fast food pour échapper à la faillite, c'est que la partie est mal engagée.


Fort heureusement, le jeu offre 3 niveaux de gestion. Le bien nommé ”Sandbox” fait de Theme Park un simple jeu de construction où le parc s’auto-gère. Pratique pour se familiariser avec les mécaniques de base. En “Simulation”, l’équilibre entre fun et réflexion conviendra à la plupart des joueurs. Quant au dernier mode, sobrement intitulé “Full”, il fait de vous un vrai patron : gestion des stocks, négociations salariales, R&D… plus question d’agir à la légère. Le joueur est donc maître de sa courbe d'apprentissage et peut à tout moment rendre le jeu plus complexe en changeant la difficulté à la volée.

À la manière d’un terrarium humain, le parc est un espace clos qui grouille de vie et de petits détails croustillants : Manèges qui explosent en propulsant les enfants dans les airs, clients qui vomissent à la chaîne en sortant du fast food… Cet humour "so british" extrêmement corrosif fait de Theme Park un fidèle reflet de l'enfer que peut devenir un parc d'attraction aux heures de pleine affluence (coucou Disneyland Paris).


Contrairement aux city-builders où l'on construit sans véritable but, Theme Park propose de nombreux objectifs qui stimulent la progression. Il est ainsi possible à tout moment de vendre son parc pour acquérir un meilleur terrain. On doit aussi garder un œil sur la concurrence et rester compétitif, sans quoi les clients iront voir ailleurs. Mais la grosse carotte, c'est l'acquisition de nouvelles attractions. Car à l'inverse d'un Sim City, on ne peut construire qu'une poignée de bâtiments en début de partie. Le reste se gagne en investissant massivement dans la R&D. Prévoyez un paquet d'heures avant de débloquer les fameuses montagnes russes qui figurent sur la jaquette.

Potentiel de rejouabilité : 8/10

Monument du jeu de gestion des années 90, Theme Park est toujours étonnamment actuel et s'en sort en tout cas mieux que beaucoup de ses contemporains. Qu'est ce qui fait la différence? Une interface claire et lisible, où le visuel prime sur les pavés de texte, et une direction artistique toujours irrésistible avec ses petits personnages finement animés. Beaucoup de clones ont vu le jour dans le sillage de Theme Park, avec plus ou moins de succès, mais aucun n'a réussi à égaler le charme immédiat du chef d'oeuvre de Bullfrog.

Doom 1 à 3, les portages infernaux

Avec l'arrivée imminente de Doom Eternal, Bethesda a eu la bonne idée préparer le terrain en rééditant les trois premiers épisodes de la série sur les principales consoles du marché (Ps4, Xbox One, Switch). On peut désormais se procurer tout un pan d’histoire du FPS old-school pour une petite vingtaine d'euros.


Doom premier du nom, tout le monde connaît ! Le classique absolu du FPS bourrin est décidément inoxydable, avec des mécaniques bien huilées qui mêlent action frénétique et labyrinthes tortueux. Doom 2, qui réutilise le même moteur avec quelques ajouts, passe aujourd’hui pour une extension de luxe plutôt qu'un jeu à part entière. Enfin, Doom 3 est un très bon survival, dont l’atmosphère SF/Horreur fera de nombreux émules (Dead Space, Soma...). 

Retrouver ces trois titres sur nos consoles en 2019 est donc une aubaine. Du moins sur le papier… Car Bethesda reste fidèle à sa réputation de sortir des jeux à moitié finis, truffés de bugs et autres surprises. Les 3 portages ont été sous-traités à différents studios, avec un beau massacre à l'arrivée.


L'enfer est pavé de bonnes intentions

Doom 1 et 2 ont été refaits sous Unity, sans doute pour faciliter le portage sur trois consoles aux architectures différentes. Le résultat ne fait hélas pas honneur aux jeux originaux, avec des performances très décevantes. Les deux jeux sont bridés à 35fps, avec une luminosité bloquée au max et une mauvaise résolution qui déforme (légèrement, mais quand même) les sprites. Plus frustrant encore, des scripts "sautent" aléatoirement dans certains niveaux, forçant le joueur à charger une sauvegarde antérieure dans l'espoir de continuer sa progression. Comme vous pouvez l'imaginer, ça rend fou.

Cerise sur le gâteau moisi, il est obligatoire de créer un compte bethesda.net et de disposer d'une connexion internet pour jouer à ces deux titres. Le comble, c'est qu'il n'y aucun contenu en ligne sur ces foutus jeux : les modes coop et deathmatch ne fonctionnent qu'en local.


Du côté de Doom 3, le bilan technique est bien meilleur. Le portage se base sur l’édition BFG, qui embarque les différentes extensions du jeu. C’est fluide, toujours agréable à l’oeil et très immersif pour qui apprécie les couloirs sombres pleins de bestioles. J’ai pris beaucoup de plaisir à parcourir la première moitié de l’aventure… jusqu’à tomber sur un passage bloquant hérité d’une version non patchée du jeu PC. Au tristement célèbre niveau 15, premier laboratoire Delta, le personnage est incapable d'utiliser les échelles qui mènent à la sortie. C’est un bug connu depuis plus de 15 ans, qu’on pouvait contourner sur pc grâce au cheat code noclip (pour passer à travers les murs), mais qui empêche ici tout simplement de finir le jeu. Bravo!


Pour toutes ces raisons, je ne conseille ces trois portages qu'aux masochistes. Tout ici pue la volonté de capitaliser sur une licence populaire sans trop se fouler. Le résultat est bien en dessous du minimum syndical et défigure purement et simplement une des séries les plus emblématiques de l'histoire du jeu vidéo.

Bloodrayne, sang pour sang immoral

À l'instar du zombie dont je vous ai parlé récemment, le nazi est un autre grand méchant dont raffole l'industrie du jeu vidéo. Depuis les débuts de la série Wolfenstein dans les 90's jusqu'aux récents Sniper Elite et autres simulations douteuses de seconde guerre mondiale, on en aura dégommé du national-socialiste! Il faut dire que la représentation de la sinistre croix gammée dans une oeuvre de pur divertissement ne suscite plus de réelle polémique.

Hollywood a largement défriché l'affaire en intégrant le Troisième Reich dans un nombre incalculable de productions destinées au grand public (La Dernière Croisade, Les Aventuriers de l'Arche Perdue, Hellboy, Captain America, Inglourious Basterds...). Même le marché allemand, historiquement très à cheval sur le sujet, autorise depuis 2018 la représentation symboles nazis dans les jeux vidéos.

Transformé en figure abstraite, représentation générique d'un mal absolu, le nazi offre un canevas scénaristique simple qui apporte un parfum de souffre bon marché à de nombreuses productions vidéo-ludiques en quête de buzz. Le racolage facile n'est donc jamais loin, un domaine dans lequel Bloodrayne est passé maître en 2002 avec son cocktail erotico-fantastico-militaire d'un mauvais goût absolu.


Pourquoi c'est honteux?

L'intrigue est d'un déjà-vu consternant : Peu avant la seconde guerre mondiale, une créature mi-vampire/mi-humaine est recrutée par une organisation secrète pour empêcher le Troisième Reich de mettre la main sur un artefact aux pouvoirs surnaturels. Voilà, c'est tout! Pour arriver à ses fins, notre héroïne hybride possède un arsenal conséquent et plusieurs pouvoirs dévastateurs qui lui permettent de mettre en pièce tout ce qui aura le malheur de croiser sa route.

Les deux énormes lames dont dispose l'héroïne vont de paire avec une localisation très précise des dégâts. Bras, jambes, têtes... on débite les soldats et autres zombis (il en faut bien) en saucisson sans trop d'efforts. Pour aller un peu plus loin dans le gore gratuit, une jauge de rage se remplit au fil des combats jusqu'à déchaîner l'enfer sur terre. La belle fait alors tout simplement exploser les adversaires à la moindre attaque. Simple et efficace.


Autre compétence bien utile lorsque la vie vient à manquer : Notre vampire peut "refaire le plein" en sautant à la gorge de ses ennemis humains. L'attaque spéciale donne lieu a des bruitages grivois du plus bel effet et permet surtout de compenser l'énorme difficulté du jeu.

Sans surprise, le jeu tout entier est une succession d'affrontements. Peu de réflexion ou d'exploration au programme, même s'il arrive de devoir faire du backtracking pour trouver son chemin. L'aventure est découpée en trois actes qui nous font traverser la Louisiane, une base nazi, puis un énorme château médiéval où se cache l'artefact tant convoité. Tout ici est pensé pour maximiser le bourrinage, ce n'est pas très fin mais on s'amuse bien, surtout en jouant par petites sessions espacées. Mine de rien, l'aventure est longue et il me paraît improbable de se farcir le jeu d'une traite tant le gameplay est répétitif.

La réalisation est en demi-teinte, et sans aller jusqu'à dire que le jeu méritait mieux (c'est quand même un peu nul), les animations tirent le bilan technique vers le bas. Les déplacements et sauts sont extrêmement rigides, et donnent l'impression de manipuler une figurine en plastique plutôt qu'un être de chair et de sang. Rien de flamboyant non plus au niveau des environnements, souvent ternes et noyés dans un brouillard à faire passer Silent Hill pour une petite bourgade ensoleillée.


Malgré ses nombreux défaut, Bloodrayne trouvera son public et aura même les "honneurs" d'une adaptation cinématographique signée Uwe Bowl avec Kristanna Loken dans le rôle titre.

Potentiel de rejouabilité : 4/10

Cheap et bancal comme un mauvais film d'horreur échappé des années 80, Bloodayne est un plaisir coupable qui doit beaucoup à sa bouffonnerie assumée. L'ambiance nanardesque n'a rien à envier aux pires séries Z et offre quelques instants de détente en mode "cerveau débranché".

Bloodstained : Le digne héritier de Castlevania?

Kickstarté en 2015 à hauteur de 5,5 millions de dollars, Bloodstained : Ritual Of The Night est l'oeuvre de Koji Igarashi, producteur de quelques-uns des meilleurs épisodes de Castlevania. Présenté comme une suite spirituelle de Symphony Of The Night, le jeu aura connu un développement tumultueux : refonte des graphismes suite aux mauvais retours, studio externe appelé en renfort, versions Wii U et Vita purement et simplement annulées, date de sortie sans cesse repoussée... Il aura fallu pas moins de 4 années pour que ce titre voit enfin le jour. C'est dire s'il était attendu au tournant!

Bloodstaines box

Retour gagnant pour Igarashi

Inutile de faire durer le suspens : Bloodstained est un bon Castlevania. La relève n'est peut être pas aussi flamboyante que l'enthousiasme initial le laissait imaginer, mais le jeu remplit largement le contrat.

Initiateur du genre, Igarashi n'a de leçon à recevoir de personne quant à la construction d'un metroidvania. La progression est un régal, avec un terrain de jeu gigantesque qui se débloque progressivement via l'acquisition de nouveaux pouvoirs. C'est assez classique dans le genre, mais Bloodstained apporte un supplément d'âme grâce à un sens de la structure qui fait défaut à nombre de ses concurrents.

Manette en main, les sensation sont jouissives. Miriam, notre héroïne, garde ce feeling "flottant" qui donnait tant de souplesse au gameplay de Symphony Of The Night. Le nouveau système de fragments à récolter sur les ennemis permet acquérir différents types de compétences : projectiles, familiers, effets passifs, invocations... Ce redoutable arsenal compte des centaines de pouvoirs. À vous de trouver les meilleures synergies pour rouler sur les boss.

Bloodstained gameplay

Aussi fun que moche

Là où le bât blesse, c'est du côté de la technique. Ne tournons pas autour du pot : Bloodstained est hideux!  Non content d'afficher une réalisation tout juste au niveau d'un jeu mobile, le titre enchaîne les grosses fautes de goût. La première zone l'illustre bien, avec de l'eau au rendu "plastique" particulièrement ignoble qui ne rend pas justice au potentiel de l'Unreal Engine 4. Passé un moment, la rétine s'y fait, mais le choc initial reste rude.

Mieux optimisé que sur Switch, le jeu PS4 apporte tout de même son lot de bugs et d'erreurs de traduction. Rien de réellement handicapant, mais on aurait apprécié un peu plus de finition sur un projet d'aussi longue haleine.

Bloodstained Ritual Of The Night

Une attente récompensée?

Oui! Et même si j'ai quelques réserves sur le prix de vente (40 euros pour une douzaine d'heures de jeu), l'expérience vaut clairement le détour. À l'heure où beaucoup de titres financés par Kickstarter prennent des allures de catastrophes industrielles, Bloodstained surprend agréablement et se place dans trop de mal sur le podium des meilleurs metroidvania de ces dernières années.

Playstation Classic : La mal-aimée

La nostalgie, ce plaisir irrationnel

J'ai un péché à confesser... J'aime beaucoup la Playstation Classic ! Encore une faute de goût à rajouter sur une liste décidément bien longue, aux côtés des Spice Girls, de la Jpop et d'autres vestiges de l'adolescence.

playstation mini

Mais revenons-en à la Playstation Classic. La console rétro de Sony est le fruit d'une démarche 100% opportuniste, dont le seul objectif est de capitaliser sur l'énorme succès des Mini NES et Mini SNES de qui vous savez. Avec son catalogue de 20 jeux où le meilleur côtoie l’exécrable, la console n'est pas exhaustive pour un sous, mais offre un échantillon assez représentatif de ce qu'était la génération 32 bits :

Battle Arena Toshinden, Cool Boarders 2, Destruction Derby, Final Fantasy VII, GTA, Intelligent Qube, Jumping Flash, Metal Gear Solid, Mr Driller, Oddworld, Rayman, Resident Evil Director’s Cut (YOUPI!), Persona, Ridge, Racer Type 4, Super Puzzle Fighter II Turbo, Syphon Filter, Tekken 3, Rainbow Six, Twisted Metal et Wild Arms.

Le programme est alléchant malgré quelques bouses (Rainbow Six, WTF?) qui se retrouvent au même plan que des grands classiques de l'histoire du jeu vidéo dans ce supposé hommage définitif (hum) à la ludothèque de la Psone. Le genre de grand écart qui en dit long sur la schizophrénie du produit ! Histoire de bien remuer le couteau dans la plaie, rappelons que seuls les deux moins bons titres sont proposés en VF : GTA et Rainbow Six. Une bonne partie des autres jeux restent accessibles aux non-anglophones, mais ces derniers devront y réfléchir à deux fois avant de s'attaquer aux trois RPG de la sélection.

Le juste prix?

Avec un placement tarifaire initial délirant (100 euros, il fallait oser), Sony a largement surestimé le potentiel commercial de sa console. On la trouve actuellement bradée entre 30 et 50 euros selon les enseignes, ce qui laisse songeur quant à la quantité d'invendus à liquider.

indiana jones hangar 51

Dans cette fourchette de prix, et compte tenu des possibilités de modding (c'est fou ce qu'on peut faire avec un port USB), la PlayStation Classic passe tranquillement du statut de grosse enfilade sans vaseline à celui de petit gadget sympathique.

Mais alors, ça vaut le coup?

Pour les vrais fans, ou de façon plus réaliste, pour ceux qui n'en ont rien à foutre de jouer dans des conditions précaires, cette console rétro est un bon petit trip nostalgique. L'objet est mignon, correctement fini, et le catalogue de jeu a de quoi raviver de bons souvenirs, surtout pour ceux qui comme moi, ont grandi dans les années 90.

Castlevania Anniversary Collection : La compilation définitive?

À l'heure de la 4K/60fps, des mondes ouverts, alors qu'on peut obtenir des rendus quasi photo-réalistes sur nos consoles de salon, voilà ce que j'inflige à ma PS4 : 


La résolution 160x144 pixels de la toute première Gameboy arrache un peu la rétine en 2019, mais comme je le dis souvent : L'amour (de Castlevania) rend aveugle! Et ça tombe plutôt bien, car Konami nous offre enfin l'occasion de replonger dans les archives de la série avec la compilation Castlevania Anniversary Collection. Un anniversaire qui célèbre... On ne sait trop quoi en fait... Les 33 ans de la sortie du premier opus? Les voies du marketing sont décidément impénétrables.

Un hommage à l'ère 8/16 bits

Faisant suite au médiocre Castlevania Requiem parue en 2018 qui ne faisait que recycler partiellement une vieille compilation PSP, Castlevania Anniversary Collection hérite d'emblée d'un programme bien plus alléchant.

On retrouve ici les 3 vénérables épisode Nes : Castlevania, Castlevania II : Simon's Quest et Castlevania III : Dracula's Curse, deux titres Gameboy assez anecdotiques : Castlevania : The Adventure et Castlevania II : Belmont's Revenge, deux gros classiques de l'ère 16 bits : Super Castlevania 4 (Super Nes) et Castlevania Bloodlines (Megadrive), mais aussi une curiosité inédite en occident : Kid Dracula.


Le contenu est donc plutôt exhaustif, mais souffle le chaud et le froid en terme de qualité. Si Super Castlevania 4 et Bloodlines n'ont rien perdu de leur superbe, il est plus difficile de relancer Simon's Quest, déjà particulièrement pénible en son temps. Reste que la compilation est proposée à un prix honnête, et assure de nombreuses heures de chasse aux vampires même en faisant l'impasse sur certains épisodes.

Côté portage, le boulot est assez sommaire avec quelques options graphiques (filtre CRT, choix des couleurs pour les opus Gameboy...) mais pas de remapping des touches. On est donc réduit à pester sur les commandes de saut et d'attaque qui s'inversent bêtement d'un jeu à l'autre.

Pour les puristes... et les autres!

Grande absente de la compilation précédente, la sauvegarde rapide permet enfin d'assurer ses arrières avant un passage corsé. Croyez moi, cette option n'est pas un luxe et vous épargnera bien des crises de nerf ! Les jeux compilés ici sont tous d'une difficulté effroyable et ne ménageront pas vos pauvres pouces.


Castlevania Anniversary Collection est donc une bonne surprise de la part de Konami. La firme japonaise livre ici un musée virtuel très complet et à la valeur historique inestimable pour les amateurs de plate-forme 2D.

Il ne reste plus qu'à espérer que l'éditeur poursuive le dépoussiérage de son back catalogue avec le gros morceau que tous les fans attendent : Les fameux épisodes Gameboy Advance et DS.

Dead Rising : L'art subtil de casser du zombie

Le zombie et le jeu vidéo, c'est d'abord une histoire d'amour pragmatique! Pas besoin de se tordre les neurones à programmer une I.A. de folie quand on peut utiliser des créatures en décomposition qui marchent en ligne droite vers la première source de chair fraîche disponible (en général => le joueur).

Un zombie, c'est bête, lent et prévisible. De la chair à canon low-cost et efficace qu'on peut justifier par toutes sortes de pirouettes scénaristiques :
- Chute de météore radioactif
- Virus créé par l'homme
- Culte vaudou
- Panne d'imagination d'un scénariste

Tout est bon pour mettre en scène une bonne vieille invasion de morts-vivants. Cette formule "magique" fera les beaux jours de nombreux studios, et plus particulièrement de Capcom avec les increvables Resident Evil. Reste que de temps à autre, il faut bien apporter un peu de sang neuf pour tirer son épingle du jeu.

Pourquoi c'est culte?

Sur ce point, Dead Rising frappe fort à sa sortie en 2006. Croisement improbable entre le Beat-Them-All, le survival et le bac à sable géant, le titre de Capcom marque immédiatement les esprits par l'énorme liberté d'action offerte au joueur.

Dead Rising 1 Cover

Frank West, journaliste un peu trop curieux, se retrouve pris au piège dans un gigantesque Mall (centre commercial américain) infesté de morts-vivants. Il va devoir faire les boutiques pour trouver de quoi sauver sa peau. Le coup de génie, c'est que TOUTES les enseignes sont réellement accessibles. On peut décider sur un coup de tête de dévaliser le Jardiland du coin et en ressortir avec un stock de tronçonneuses prêtes à élaguer du zombie. Le choix est énorme et nécessite un peu de méthode pour optimiser son arsenal. Quelques mécaniques "RPG light" (gain d'XP, compétences à débloquer au fil des niveaux...) rendent la progression plus souple, avec la possibilité de farmer un peu pour aborder la suite de l'aventure sereinement.

Rien d'insurmontable donc pour quiconque saurait survivre à une virée shopping un samedi après-midi en pleine période de soldes.

Dead Rising 1 Mall

L'esprit pourrait même être à la franche rigolade si Dead Rising n'était pas conçu comme une impitoyable course contre la montre. Le déroulé de l'aventure est intégralement chronométré et il faudra ramener ses fesses au bon endroit/au bon moment sous peine de rater un événement clé du scénario. La "to-do list" présente en haut de l'écran prend vite des allures d'épée de Damoclès bien plus dangereuse que les milliers de zombies qu'on défonce pour se rendre d'un point A à un point B.

Pour corser encore un peu l'affaire, Dead Rising vous précipite régulièrement dans les griffes des "Psychopathes" du Mall. Ces survivants devenus maboules sont autant de boss bien vicieux qu'il faudra envoyer au tapis pour débloquer des armes, sauver des survivants ou tout simplement continuer l'aventure.

Les survivants, parlons-en : C'est bien la seule mécanique qui ne fonctionne pas. En théorie, il suffit d'en dénicher un dans le Mall, puis de l'escorter jusqu'à la planque pour faire le plein d'XP. Dans les faits, les malheureux ont surtout tendance à foncer tête baissée vers une mort certaine. On sauve donc ce qu'on peut tout en essayant d'oublier les nombreux dommages collatéraux.

C'est aussi ça qui fait le charme du jeu. Limiter la casse, faire au mieux dans un environnement hostile où l'on ne maîtrise pas grand chose... Tout comme dans une véritable invasion de zombies!!


Dead Rising 1 Wonderland Plaza

Succès aussi bien critique que commercial, Dead Rising est une étape important dans l'histoire du jeu vidéo. A la manière d'un Grand Theft Auto 3 en son temps, le titre de Capcom a repoussé la notion d'interactivité vers de nouveaux horizons, en offrant une aventure intense, riche et ludique dans laquelle TOUT est permis.

Potentiel de rejouabilité : 7/10

À sa sortie sur Xbox 360, Dead Rising avait la réputation de tuer la console par surchauffe (Le fameux Red Ring Of Death). Le petit filou est à présent jouable dans de bien meilleures conditions grâce au chouette remaster 1080/60fps disponible sur PS4/Xbox One/Windows.